Donc on en serait à 165 000 applications de santé dans le monde. 60% sont des applis de bien-être (comprenez courir, perdre du poids, dormir…) et 40% entrent donc dans la catégorie médicale. Dans cette catégorie, on en compte 17 000 rien qu’en France. Avec tout ça, on devrait avoir le choix de la qualité. Sauf que non.

Trop d’appli, pas de service

Comme on en a déjà parlé ici, malgré pléthore d’applis, la qualité de service n’est pas là. DMD Santé en a sélectionné 150. Oui 150 seulement sur 17 000, qu’il estime à un niveau de qualité suffisant (rien de fou : dire où vont les données, mettre des CGV à disposition, impliquer quelques médecins…). Et le reste : pas fiable.

La grande majorité des applis de santé sont des calculateurs et des aides au diagnostic ; or ils donnent des résultats disparates ou des évaluations très approximatives. Les applis de bien-être, sur un service moins exigeant il est vrai, semblent en vérité plus fiables sur les quelques données qu’elles donnent (nombre de pas, battements de cœur…).

Le reste des applis sont essentiellement des carnets de santé, ou des carnets de suivi, à l’attention des médecins plus que des patients. Quelques services de coaching sont aussi disponibles en mobile. Mais dans l’ensemble, les médecins ne font pas confiance à ces « services mobiles de santé » - pour l’instant : moins de 5% les prescrivent.

Une place à prendre

C’est que les applis de santé sont conçues par des individus pour des individus, en-dehors de tout « système » de santé : elles n’impliquent ni médecins, ni infirmiers, ni réseau de soin, ni hôpital… ni patients. Etonnant mais vrai. Un secteur stratégique, des données en pagaille, des services attendus de toute part… et aucun acteur crédible parmi tous les éditeurs n’a su s’imposer pour l’instant.

Or quand une place est vacante sur du service digital stratégique, on peut s’attendre à ce qu’un GAFA s’y pose. Et c’est Apple qui a avancé ses pions.

Apple aime l’hôpital

Le Research Kit, lancé il y a 2 ans, posait les bases de cette stratégie : partenariser avec des institutions médicalo-universitaires américaines et concevoir pour elles des supports à leurs programmes de recherche. Grâce à cette API, Apple court-circuitait d’un coup les objets connectés (en captant la donnée sur le téléphone) et les applis liées à ces objets. Plutôt que d’attaquer la montagne santé par la face Service, Apple est donc arrivé par la face Données : faciliter la collecte de données pour la recherche via un device ultra-répandu et standard, l’Iphone. Mais en rentrant par la porte de la recherche, Apple a coché une autre case stratégique : gagner la confiance du milieu médical. Car le ResearchKit a réellement aider ces études, offrant l’accès à des cohortes larges et des données de qualité (voir le programme de recherche sur la maladie de Parkinson, souvent cité). Et la communauté médicale, reconnaissante, est restée dans l’attente de la phase d’après : le pont vers les services digitaux.

Apple a alors successivement lancé le HealthKit et la CareKit, deux APIs qui avancent sur ce terrain : le premier adressé aux institutions médicales pour concevoir leurs applis, le deuxième pour que les groupes et associations puissent gérer leur propre condition médicale.

Le CareKit comporte tous les modules nécessaires comme la Care Card qui suit les plans de santé individuel, un module de suivi des symptômes et mesures personnelles, un tableau de bord… Tout un écosystème healthtech en kit que d’autres s’évertuent à redévelopper.

L’hôpital aime Apple

Voilà donc Apple qui en deux ans a noué des partenariats avec 12 institutions médicales majeures aux Etats-Unis, et compte un millier d’applications développées grâce à ses kits. Apple s’est donc placé là où les autres éditeurs n’ont jamais été : auprès de la communauté médicale, celle-là même qui voulait une source sûre, celle-là même qu’on ne faisait jamais participer à la conception des solutions. Autrement dit, quand la hype des applis de santé individuelles sera retombée, Apple sera encore dans les hôpitaux.

Avec la communauté médicale à bord, et avec une place choix dans la chaine de valeur de la donnée de santé, la stratégie d’Apple est unique. Avec cette offre santé intégrée dans son USP, Apple donnerait des raisons sérieuses à ces utilisateurs de rester fidèles ou de changer pour l’Iphone. Aux Etats-Unis seulement, on parle de 180 millions de diabétiques, 65 millions d’épileptiques, 300 millions d’asthmatiques, et ainsi de suite… Prescrites par les médecins, les applications développées avec les Apple Kits prendraient des parts utilisateurs colossales. •